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Lundi 9 mars 2009

Notes de lecture du livre : (première partie)

- Invitation à la prédication biblique - proclamer la vérité avec clarté et pertinence - de Donald R. Sunukjian; éd. Multilingues


L'auteur exprime son intention ramassée dans cette pensée : lorsqu'il prêche, il se tient debout avec ses frères et il leur dit : « considérez ce que Dieu nous dit! ».

Le livre se présente comme un manuel à la couverture cartonnée de 390 pages.

Je dis manuel par ce qu'il se présente comme un cours étapes par étapes comportant un très grand nombre d'exemples expliqués et des exercices.

Il comporte deux parties: « Considérer ce que Dieu dit »

et « considérez ce que Dieu nous dit »


I) « Considérer ce que Dieu dit »

la première partie donne une série de conseils pour rechercher le sens d'un texte: ce que dit le texte. La démarche est classique et s'achève sur une méthode pour dégager le sens du texte duquel on dégagera un plan appelé ici -plan de la vérité. De ce plan le prédicateur dans son travail doit dégager « la vérité à emporter » par le futur auditeur attentif, vérité autour de laquelle s'articulera la prédication.

-1- Étudier le passage; p15

Lire le texte dans son contexte, même le plus large. Par exemple s'il s'agit d'un évangile ou d'une épitre en considérant le plan total de l'écrit et en prenant soin de voir la place qu'occupe le passage cité dans celui-ci.

A la lecture du passage sur lequel vous allez prêcher, notez tout ce que vous ne comprenez pas parfaitement, faites un effort pour chercher une réponse; ne négligez pas les ressources qui nous viennent des langues anciennes, comparez plusieurs traductions différentes; consultez de bons commentaires, n'ayez pas peur de prendre connaissance de ce que les érudits ont écrit sur tel ou tel sujet concernant votre texte.

-2- Faites le plan du mouvement général; p 25

en trois étapes :

d'abord le plan du passage lui-même: comment l'auteur raconte-t-il,

puis concentrez-vous sur ce que dit ce passage,

enfin passez du plan de ce que dit le texte au plan de votre prédication.

Des exemples toujours nombreux nous sont donnés. Page 28 un schéma résume :

 

>plan du passage « ce qui est arrivé » (ou énnoncé)

>>

> plan de la vérité (contenu dans ce passage) « ce qui arrive » (ce qui est révélé ou dit)

> le plan du sermon « ce qui est entrain d'arriver » (pour nous).


Petite note à propos du sermon :

« p39; notez bien que le plan du sermon, commence généralement par les auditeurs, plutôt que par le texte. L'introduction explore les expériences contemporaines des auditeurs et leur donne une raison d'écouter le sermon. Comme le passage du jour constitue la parole de Dieu pour eux, commencez par leur besoin de ce passage »

-3- Passez de l'histoire à la vérité éternelle p 41

Il s'agit de « montez plus haut sur l'échelle de l'abstraction. »

« L'avantage du plan du passage est qu'il accroche l'orateur au texte et, par voie de conséquence, à l'intention de l'auteur original inspiré. Il lie le sermon éventuel au contenu et à la structure de base de « ce que Dieu dit. »

* ce que ne doit pas être le sermon : un chapelet d'explications sans rapport entre elles, au fil des versets.

-du plan du passage au plan de la vérité

« un bon plan de passage vous ancre au texte, mais généralement, il n'y a pas de quoi prêcher dessus. C'est souvent du passé... .Sa valeur spirituelle peut ne pas être apparente et cela manque de toute application pratique à la vie contemporaine. »p49


>plan du passage « ce qui est arrivé »

> > déclarations éternelles, universelles, ordre de la pensée de l'auteur biblique

>plan de la vérité « ce qui arrive »


-passer des déclarations historiques aux déclarations éternelles et universelles. La première étape consiste à mettre les grands mouvements, à la différence des détails de moindre importance en langage éternel. Montez plus haut sur l'échelle de l'abstraction. Passer d'un terme spécifique vers un terme plus général.

-mettre les concepts du plan dans l'ordre de la pensée de l'aut. original.

Chercher à énoncer les concepts plus généraux dans l'ordre de la pensée de l'aut., « même si cela ne correspond pas nécessairement à l'ordre des phrases dans le texte écrit. »p55

-4- Exprimer la vérité à emporter p 65

« dès que vous avez mis au point le plan du mouvement principal du message en un langage intemporel, vous êtes prêts à exprimer en une simple phrase – la « vérité à emporter », le cœur de la révélation de Dieu pour nous, par le moyen de ce passage.

>plan du passage « ce qui est arrivé » >déclarations, intemporelles et universelles, ordre de la pensée de l'auteur >plan de la vérité « ce qui arrive » >vérité à emporter

  • La nécessité d'une vérité à emporter

« il est essentiel que votre sermon contienne cette vérité à emporter. » Pendant que vous prêchez vos auditeurs se demande : « que voulez-vous que je retienne de ce message? » si vous ne leur proposez pas une phrase unique de ce genre, les auditeurs s'en fabriqueront une à partir d'un point secondaire. Ils quitteront l'église dans le brouillard. « Ils ne s'attendaient pas vraiment à retenir un point central ou une leçon durable de ce message (et ils n'ont pas été déçus). »

Les prédications de Paul selon « les Actes tournent autour d'une vérité centrale ».

En Actes 13 la Vérité est que « Dieu, selon sa promesse, a fait venir Jésus comme Sauveur pour Israël v23 »

en Actes 17 la vérité centrale est le résumé de ses deux point principaux: « Le Dieu inconnu est le Créateur de l'univers et le Père de tous les peuples. »

En Actes 20 « prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau » v28

Le thème central est unificateur, il est adapté à son auditoire, juifs, païens, les anciens.


À la suite de Paul conduit par l'Esprit, nous aussi « nous devons être capables d'énoncer la vérité centrale de nos sermons en une seule phrase. …

Ils doivent contenir un mouvement d'idées qui suivent une certaine progression

et respectent un certain ordre (le plan)

et sont exprimées en une seule phrase, (la vérité à emporter) »p69


« L'idée dominante, ou vérité à emporter, pour tout le message, dépend de la longueur ou de la brièveté du passage de l'Ecriture sur lequel vous prêchez. Ce qui constitue un point secondaire dans un sermon pourra fort bien être la vérité centrale d'un autre. »p 72

Dans l'idéal, dans les imites du texte que vous avez défini, on ne peut prêcher qu'une seule vérité centrale.

-Exprimer la vérité à emporter :

« Pour exprimer la vérité à emporter, considérer votre plan de la vérité et demandez-vous : « quelle est la question la plus importante que l'auteur biblique aborde avec ce mouvement d'idées et quelle réponse apporte-t-il à cette question? »p73.


La réponse à la question que vous dégagez indiquera le thème de votre prédication: « dès que nous la posons, l'ensemble du passage trouve sa place et nous pouvons crier « Ah, eurêka! Je l'ai trouvée! ». Ne vous découragez pas si vous devez vous y reprendre à plusieurs fois pour mettre le doigt sur la bonne question. Tout finira par se mettre en place. »p77

Si plusieurs questions importantes se dégagent, « Rappelez vous que la vérité à emporter ne doit pas nécessairement contenir toutes les pensées du passage mais uniquement la pensée que vous voulez que vos auditeurs se rappellent même quand ils oublient le reste. »p77

p78 à 83 l'a. Montre comment il applique sa méthode à propos du texte de Marc 14,13-21 au terme de laquelle il résume ses recommandations :

« Vous ne pouvez trouver la vérité centrale de l'a. qu'après vous être ancrés vous-mêmes à la progression du plan du passage, telle qu'elle se révèle. Le plan de l'a. du texte biblique reste alors en état et vous pouvez en faire un plan de la vérité, qui reflète sa théologie intemporelle. C'est à ce moment-là seulement que vous pouvez vous dire: -quel est le sujet principal que l'auteur aborde avec cette ligne de pensée et quelle réponse y apporte-t-il?- en mettant ensemble question et réponse, thème et affirmation, vous obtenez la vérité dominante de l'a. Que votre auditoire pourra emporter. » p83

FIN de la PREMIERE PARTIE


Commentaire

La méthode est intéressante. Elle se concentre sur le texte et ce que dit le texte. Il y a une interaction entre le texte inspiré et celui qui le travaille. C'est une invitation à dégager les idées du texte, l'enchainement de ses idées et finalement l'intention du passage étudié avant de se lancer dans une prédication.

N'ayant reçu au cours de mes études aucune base homilétique, après trente ans de ministère, je trouve ici énoncée une méthode facilitante pour un débutant.

J'ai des réserves sur les termes utilisés par l'a. comme ceux de « vérité éternelle » ou encore « théologie intemporelle ». Qui a fait un peu de théologie et d'histoire de la théologie sait que le propre de la théologie en tant que -discours sur Dieu- est d'être terriblement dépendante de la culture et proprement située dans l'histoire, mais peut-être suis-je trop nominaliste et protestant en disant cela. Pour le moins l'histoire de l'Eglise a montré à quel point, des vérités extraites de la Bible dans les siècles passés n'étaient pas très éternelles et intemporelles. (Voir à titre d'exemples les vérités prêchées, empruntées aux textes bibliques, qui servirent à justifier les exactions des croisés en Europe du 10e siècle, ou encore ce qu'on peut lire dans des prédications de l'époque de la première guerre mondiale. Surtout qu'on ne vienne pas nous dire que le texte biblique était déformé ou mal interprété par manque de connaissance. En quoi aujourd'hui serions nous plus assurés du plan de la VERITE que les prédicateurs qui nous ont précédés ?)

Un vieil adage latin qui s'énonce ainsi « quid quid recipitur, ad modo recipentis recipitur » montre que depuis les temps anciens les sages savaient que « quoi que ce soit qui est reçu, ce qui est reçu, l'est à la manière de celui qui reçoit ». J'en ai conclu pour ma part qu'il n'existe pas de « théologie intemporelle » ni beaucoup de « vérité éternelle » mais seulement une vérité qui se forme à la rencontre de notre histoire et de la vérité révélée. Si la « vérité éternelle » se déduit d'une l'étude savante des Écritures on pourrait peut-être bien se retrouver dans un système idolâtre. D'où l'intérêt de considérer que Dieu a voulu se révéler dans et par les Ecritures « norma normans » (donnant la norme) telles qu'elles nous sont données. Elles sont éternelles et par là constituent bel et bien l'unique PAROLE DE DIEU pour aujourd'hui. Ainsi la prédication reste à sa place de « norma normata ». Bien que celui qui étudie la Parole se place sous l'autorité de l'Esprit de Dieu qui a inspiré cette Parole, du moins la parole du prédicateur reste-t-elle marquée du sceau du provisoire en raison de la « faiblesse de la chair ». Notre connaissance n'étant que partielle encore, on ne peut pas encore aboutir au « plan de la vérité "éternelle" » mais seulement à un plan de la vérité « pour nous », ce qui change tout. Nous décodons la Parole éternelle de Dieu à travers le formatage de notre culture, notre parole est normée, la Parole de Dieu est normative.

Pour autant je pense que jeune pasteur j'aurais aimé avoir emporté de mes études une méthode semblable à celle exposée dans ce livre, me permettant de préparer mes prédications, c'est pourquoi j'en recommande la lecture.

(Je vou sinvite à lire la suite dans la présentation de la 2e partie, de loin la plus étendue puisqu'elle occupe les deux tiers de l'ouvrage : « comment passer de la vérité du passage au sermon final? Comment étendre les déclarations squelettiques de l'étape « ce que Dieu dit » de manière à ce que vos auditeurs réalisent que c'est « à nous » qu'il le dit?...)

Par Aimé Joyeux - Publié dans : Prédications - Communauté : Communauté spirituelle
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Mardi 17 février 2009

Merci au pasteur Matthias Helmlinger de nous envoyer une nouvelle prédication.

pasteur de l’église réformée à Chalon sur Saône, Tournus et disséminés et à Sornay-Branges

 

Marc chapitre 1 versets 40 à 45

 

Un lépreux s'approche de lui; il le supplie et tombe à genoux en lui disant: "Si tu le veux, tu peux me purifier."  Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit: "Je le veux, sois purifié." A l'instant, la lèpre le quitta et il fut purifié.

S'irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt.

Il lui dit: "Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit: ils auront là un témoignage."

Mais une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais qu'il restait dehors en des endroits déserts. Et l'on venait à lui de toute part.

 

La lèpre n’existe plus aujourd’hui chez nous, mais beaucoup de gens ont le sentiment d’être seuls. A notre époque où les moyens de communication existent en surabondance, il est devenu difficile de trouver quelqu’un avec qui avoir une conversation profonde.

Or, le lépreux, c’est avant tout quelqu’un qui vit seul, séparé de la société, coupé de la famille.

On estimait souvent que c’était un châtiment bien mérité, à cause des calomnies qu’il avait répandues. La calomnie apparaît comme la première explication donnée à la lèpre. Dans Talmud Arakhin 16b, par exemple, nous trouvons l’explication suivante : « le lépreux habitera seul (Lév.13/46) car, par ses calomnies, il a séparé l’époux de son épouse, l’homme de son prochain ».

L’isolement appliqué aux lépreux avait aussi une raison prophylactique : on estimait la lèpre contagieuse. Quiconque touchait un lépreux, devenait impur. Il ne pouvait plus aller au Temple, avant d’être passé par un temps de purification.

Calvin dit que la guérison de la lèpre était impossible au bout d’un certain temps. Dans l’A.T., seul Dieu peut guérir de la lèpre. Aucun médecin n’avait de thérapie à l’époque.

Le lépreux qui s’approche de Jésus a donc enfreint la loi. A genoux, il supplie : « si tu le veux, tu peux me purifier ». Pris de pitié, ou pris de colère (les deux traductions sont possibles), Jésus étendit la main et le toucha : « je le veux, sois purifié ».

Nous avons là un résumé de l’évangile. Jésus a des sentiments : compassion, colère. Pourquoi est-il en colère ? A cause du mal, qu’il constate : la maladie a séparé cet homme du peuple de Dieu, elle l’a séparé de Dieu, il ne peut plus aller à la synagogue, ni à fortiori, au Temple. Jésus est bouleversé de pitié et de colère. Il est remué jusqu’au fond des tripes, tout chamboulé en lui-même. Peut-être aussi parce que ce miracle qu’il va faire immédiatement, lui tombe dessus à l’improviste : à travers Jésus, Dieu, le Dieu d’Israël, va rejoindre cet homme séparé d’Israël. Cet homme est séparé d’Israël par la Loi que Dieu Lui-même avait donnée à Israël. En le touchant, Jésus devient impur, selon la Loi.

Et de fait, le prophète Esaïe avait annoncé que le Serviteur de Dieu nous apparaîtrait comme lépreux : « nous l’avions pensé lépreux » « la lèpre est sur lui » (Es.53/4 et 8). Sur la croix, Jésus est mort comme un lépreux : de la mort d’un maudit, comme meurent ceux qui sont séparés de Dieu.

 

Jésus est saisi de compassion et de colère, car en touchant le lépreux, c’est tout son ministère, toute sa personne qui est engagée : il devient impur, pour que nous devenions purs. La compassion est pour nous, la colère est pour la lèpre, pour le péché qui nous colle à la peau.


Ecoutons le commentaire de Calvin sur ce geste de Jésus touchant le lépreux : « en prenant notre chair, non seulement Jésus nous a fait cet honneur de nous toucher de sa main, mais aussi il a été fait un même corps avec nous, afin que nous fussions chair de sa chair ; et non seulement il a étendu son bras vers nous, mais il est descendu du ciel jusques aux enfers : ce néanmoins il n’a tiré de tout cela aucune tache, mais demeurant entier a anéanti toutes nos ordures, et nous a arrosés de sa sainteté ».

Jésus touche un lépreux, il est donc impur comme le lépreux. Jésus meurt sur la croix, et descend au séjour des morts. Mais la résurrection de Jésus vient nous prouver qu’il n’a pas été rendu impur pour toujours, ni par notre péché, ni par notre mort. Calvin dit que Jésus « demeure entier ». Nos « ordures », comme dit Calvin, ne l’ont pas anéanti. Au contraire, c’est Lui qui nous « arrose » de sa sainteté.

 

Il y a des malades que Jésus a guéris seulement par la parole. Il ne pouvait en être ainsi pour ce lépreux : son isolement radical nécessitait qu’il y ait un geste concret de Jésus, pas seulement une guérison à distance. Il fallait ce geste pour que ce lépreux se sente réintégré au peuple de Dieu.

Ce geste, Jésus l’a fait pour Israël dans l’incarnation, et il le fait pour l’Eglise dans la Sainte-Cène, l’eucharistie : il devient chair de notre chair, sang de notre sang.

Le lépreux est si bien réintégré dans le peuple de Dieu, qu’il doit aller au Temple se montrer aux sacrificateurs et offrir le sacrifice de reconnaissance prescrit par la Loi de Moïse.

En lui donnant cet ordre, Jésus lui indique également que c’est bien le Dieu d’Israël qui vient de le guérir, et non pas simplement un guérisseur nommé Jésus.

Mais le lépreux évangélise la région, au lieu de faire ce que Jésus lui avait demandé. Cela nous montre qu’il y a des enthousiasmes dans l’évangélisation qui sont contre-productifs. L’obéissance à l’ordre de Jésus aurait mieux valu que l’enthousiasme. Nous n’ajoutons rien au miracle, en étant démonstratifs avec nos émotions.

Ce ne sont pas nos émotions qui sont importantes, mais celles de Jésus : Jésus est bouleversé. Bouleversé de compassion, bouleversé de colère aussi, colère devant la mort, colère devant la maladie qui réduit l’être humain au désespoir et l’isole de la communauté. Vous ne croyez pas que c’est suffisant ?

Par Aimé Joyeux - Publié dans : Prédications - Communauté : Communauté spirituelle
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