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un pasteur expose ses réflexions, quelques pages de son journal

Le pasteur ANGLADE expose ses réflexions pour entrer en débat avec ses lecteurs.Ecrivez moi à : aime.joyeux à gmail.com(remplacez: à par: @ et supprimez les espaces)

Conviction ou embarras

Publié le 31 Mai 2014 par Aimé Joyeux in bénir

Le pasteur Eric Perrier nous invite à un déplacement théologique à propos du débat de la bénédiction des couples de personnes de même sexe, mariés civilement.

" Nous avons abordé la question de la bénédiction lors de la pastorale régionale de la région Est, qui unissait pasteurs réformées et luthériens. Plusieurs pasteurs ont pris fermement position contre la bénédiction des couples homosexuels en développant divers arguments et un ancien inspecteur ecclésiastique a exprimé de très fortes réserves sur cette bénédiction.

J'ai été très étonné de ne pas entendre de réaction qui défende avec conviction la bénédiction des couples homosexuels.
Dans la discussion en petits groupes, j'ai découvert que personne n'était prêt à s'exprimer, puis que plusieurs disaient leur embarras devant la question à l'ordre du jour sans pouvoir se déterminer dans un sens ou dans l'autre. Je me demande jusqu'à quel point, ce sentiment n'est pas partagé par nombre de membres engagés de l'Eglise. J'en tire la conclusion qu'il est d'autant plus important d'exprimer notre conviction au cours de ce débat.

J'avance donc une première hypothèse :

le débat sur la bénédiction des couples homosexuels nous vient de la société et de sa profonde évolution depuis 40 ans, d'une société qui est en train de larguer les amarres à l'égard du christianisme. D'un côté, cette évolution nous est présentée comme progressiste allant dans le sens de la liberté de l'homme. D'un autre côté, les membres de nos églises et les pasteurs, perçoivent bien que l'on entre dans une rupture profonde avec la tradition chrétienne. Beaucoup se retrouvent ainsi dans la confusion et le désarroi.

C'est pourquoi le premier point qui me semble surgir en creux de ce débat est la question suivante : devant qui rendons-nous compte de notre foi, devant le Seigneur ou devant les hommes ?

Comme nous avons vécu dans le giron d'une civilisation chrétienne, cette question n'avait pas la même force ou bien s'est présentée sous d'autres formes (voir la problématique de l'Eglise confessante dans les années 30).

J'avance une deuxième hypothèse : nous sommes pris dans les rets d'une conception faussée de la grâce de Dieu qui introduit une autre confusion dans l'esprit de bien des chrétiens.
Cela est particulièrement vrai dans notre Eglise où l'on place la grâce inconditionnelle au-dessus de tout. Vous connaissez comme moi les affirmations suivantes : Dieu nous aime comme nous sommes !

C'est vrai, la grâce de Dieu est inconditionnelle mais pas l'alliance, ni la relation avec le Seigneur. C'est vrai : le Seigneur vient à nous tels que nous sommes ou encore nous accueille tels que nous sommes, mais il nous renouvelle et nous transforme par son pardon et par la puissance de la croix.

Voici donc cette deuxième confusion : à partir de la proclamation d'une grâce imméritée de Dieu qui accueille l'homme pécheur, on s'apprête à accueillir innocemment des changements anthropologiques et philosophiques qui remettent en question le sens profond de cette grâce.


Nous touchons du doigt un déplacement théologique qui est sans doute passé inaperçu à beaucoup ces dernières années. Je veux dire que la prédication de Jésus était centrée non sur la grâce mais sur l'irruption du Royaume de Dieu. Certes, la venue du Royaume se manifeste comme une manifestation de l'amour fou et gratuit de Dieu. Et il faut toujours le redire. Mais il faut en même temps rappeler que c'est sous le règne de Dieu que Jésus nous invite à entrer parce que c'est seulement dans ce Royaume que l'homme peut être vraiment libre.


Nous pouvons alors constater que l'accueil de Jésus et de sa grâce ne consiste pas à détruire certains repères fondamentaux mais nous offre la possibilité de les vivre en vérité. Jésus ne détruit pas "le paradigme" fondamental de la thorah, mais il l'accomplit. C'est ce que nous pouvons observer en particulier par rapport à la bénédiction du couple humain. Jésus réaffirme ce projet fondamental de Dieu exprimé par l'expression "ils deviendront une seule chair". Jésus explique l'autorisation du divorce dans la loi de Moïse par la mention de la dureté de coeur de l'homme. Mais Jésus se présente aussi comme celui qui par sa mort et sa résurrection, nous délivre de cette dureté de coeur. Jésus nous donne de vivre le projet de Dieu sous la puissance du Royaume de Dieu.

Bien sûr, il faudrait montrer comment l'interdit posé sur l'homosexualité dans le Lévitique, est le commandement négatif qui vient en soutien du projet positif de Dieu pour le couple humain. D'autres l'ont déjà mieux fait que moi (voir le commentaire de A. Marx).

Mon propos était simplement de souligner ces 2 confusions dans lesquelles beaucoup sont pris aujourd'hui :

  • la confusion entre les repères propres à la révélation biblique et les repères sociaux alors que ces repères sont en train de se disjoindre,
  • la confusion qu'opère le changement de paradigme anthropologique : la grâce de Dieu n'a plus le même sens lorsque l'homme est vu face à un créateur qui l'appelle à le reconnaître ou lorsqu'elle est un simple accueil bienveillant de l'homme, qui se voit comme le fondement de lui-même.

Le pasteur missionnaire que je suis, voit deux chemins ouverts devant notre Eglise laquelle veut être une Eglise de témoins :

sur le premier chemin, l'Eglise accueille sans autre projet que d'être dans l'empathie, sur le deuxième, elle proclame et manifeste la puissance du royaume qui vient.
On peut alors dire que le véritable choix n'est pas entre une bénédiction ou non de couples homosexuels mais entre entre une grâce qui tolère ou une grâce qui libère et cela dépasse de beaucoup la question des couples homosexuels

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